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Le langage du corps dans le théâtre et dans la danse et ses articulations avec les mutations sociales dans les pays arabes

Date: 
02/05/2019 - 04/05/2019
Date limite: 
31/01/2019

 

Colloque international proposé par l’unité de recherche :

Expressions culturels et mutations sociales au Maghreb

 

Argumentaire

La domination de l’écriture dans l’expression humaine, ajoutée à la diffusion des moyens audio-visuels a eu des conséquences sur les formes d’expression artistiques, tels que le théâtre et la danse. Et malgré les efforts déployés par différents courants, tel que le mouvement utopique(1) pour libérer l’imaginaire  et inscrire l’art dans le mouvement et le rythme, le recours au texte et à la parole a demeuré prégnant du fait de sa compréhension immédiate par le spectateur !

Dans le même temps et paradoxalement, ces formes d’expression (écrite ou langagière) ne sont plus suffisantes pour traduire le rythme de la vie d’aujourd’hui ainsi que la situation actuelle de l’Homme et son destin. Ainsi les ancienne formes dominantes cèdent peu à peu leur rôle au mouvement et au geste dont l’exploration par les artistes peut mieux traduire l’ouverture du destin de l’homme sur des équilibres nouveaux et changeants. 

Ce qui distingue le drame moderne aujourd’hui, c’est cette recherche de l’équilibre du mouvement continu et la conquête de l’homme d’espaces nouveaux et nombreux pour son expression.

En réalité il n’y a pas eu de rupture au niveau de l’expression humaine du rythme de la vie et du mouvement dans la société industrielle moderne. Au contraire, ces expressions ont pris des formes diverses pour signifier les aspirations, les crises, les désordres, les situations critiques, les disfonctionnements ou le désenchantement. Mais ce qui a changé est d’une importance cruciale. Avec la mondialisation ce sont les facteurs essentiels de la vie humaine (l’espace et le temps) qui s’en trouvent modifiés(2).

Il y a comme un consensus aujourd’hui que le mouvement constitue la base d’expression de ce présent changeant et que le mouvement à investit tous les arts même ceux qui ne sont pas basés sur ce moyen comme la musique, la danse et le théâtre, pour trouver une place dans la peinture, la sculpture et l’architecture.

Adhérant à l’idée que la fonction expressive des mouvements du corps est bien plus riche que celle du langage articulé, notamment dans les arts de la danse et du théâtre qui libèrent le corps, soumis dans son expérience ordinaire aux multiples systèmes de codifications sociales et culturelles qui le réduisent à un langage simple(3) et prenant une distance aussi bien vis-à-vis des théories qui nient tous sens au mouvement(4), que celles prenant le corps  à la lettre(5), on s’interroge dans ce colloque sur la nature et les modalités du langage du corps dans l’art de la danse et du théâtre :

Notre réflexion ambitionne de répondre aux deux questions principales suivantes :

Est-il possible de saisir tout le sens d’un mouvement ? Peut-on le traduire sur le plan du langage ? Ou au contraire réfère-t-il à quelque chose d’inexprimable ?  ou alors ce sens postulé,  se communique-t-il autrement que par le langage ?   Quels sont les problèmes que pose pour les chorégraphes et metteurs en scène la traduction des idées, paroles et textes au langage corporel ? Et réciproquement, comment ces derniers expriment-t-ils en mots et textes leurs travaux ?

Rapportée aux expériences théâtrales et chorégraphiques du monde arabe notre problématique se déclinera sous les questions suivantes : 

Quelles approches de la corporéité sont pensées et réalisées aujourd’hui dans le théâtre et l’art chorégraphique du monde arabe ? Quelle place est accordée au mouvement en tant que moyen spécifique  d’expression ?

Comment ces deux arts de la scène s’influencent-ils réciproquement ? Et qu’en résulte-t-il aussi bien au niveau de l’œuvre qu’au niveau de la corporéité éprouvée par les acteurs/danseurs ?

Quelles sont les possibilités respectives du théâtre et de la danse pour traduire  la situation actuelle des pays arabes et les multiples interrogations qu’elle pose ?

Le corps avec ses mouvements, peut-il traduire la volonté des populations ? Ou au contraire, de part sa détermination économique et politique, s’en trouve-t-il assujetti et servant plutôt la logique capitaliste qui a été à l’origine de sa promotion et de sa prétendue libération(6) ?

Les chorégraphes et metteurs en scène du monde arabe doivent-il puiser dans le patrimoine gestuel et les techniques du corps des différentes cultures nationales ou locales pour être en phase avec leurs publics ? ou bien insérer leurs travaux dans un réseau de signification mondialisé ?

Comment peuvent-ils traduire aujourd’hui les changements successifs de leurs sociétés et de leur région par l’art du mouvement ?

Toutes ces questions forment la problématique du colloque international que l’unité de recherche « Expressions culturels et muations sociales au Maghreb » organise le 02, le 03, et le 04 Mai 2019 à Tunis et dont les contributions peuvent s’insérer dans l’un des axes suivants :

Axe 1 : théories et expériences du théâtre/danse dans le monde

Axe 2 : le théâtre et la danse forment-ils un même langage du corps (les techniques, les usages et les méthodes) ?

Axe 3 : Quelle place tient le langage du corps dans les expériences théâtrales et chorégraphiques du monde arabe ?

Axe 4 : quelles sont les perspectives de développement du langage du corps dans le théâtre et la danse des pays arabes ?

Bibliographie

Hubert GODART : « Proposition pour une lecture du corps, 1 », in Revue du Centre national de la danse contemporaine, n°6, avril 1990, pp. 8-10 ; « Proposition pour une lecture du corps, 2 », in Revue de centre national de la danse contemporaine, n°7, juillet 1990, pp. 18-20 ; « A propos des théories sur le mouvement », in Marsyas, Institut de pédagogie musicale et chorégraphique, n°16, décembre 1990, pp.19-23 ;  « Le geste et sa perception », in Michel Marcelle & Ginot Isabelle, La danse au XX° siècle, Bordas éditions, 1998, pp. 224-229

Jean BAUDRILLARD, Pour une critique de l’économie politique du signe, Gallimard, 1972.

José GIL, « La danse, le corps, l’inconscient », Terrain [En ligne], n°35, septembre 2000, mis en ligne le 08 mars 2007, consulté le 06 septembre 2018. URL : http://journals.openedition.org/terrain/1075 ; DOI : 10.4000/terrain.1075

Merce CUNNINGHAM, « Choreography and The Dance », in Sorell W. (ed.), The Dance Has Many Faces, New York, World Publishing, 1951.

Merleau PONTY, Phénoménologie de la perception, Gallimard, 1949.

Michel BERNARD, Le corps, Seuil, 1995 ;  L’expressivité du corps, recherches sur les fondements de la théâtralité, éd. La Recherche en danse, 1986.

Serge LECLAIR, Psychanalyser. Essai sur l'ordre de l'inconscient et la pratique de la lettre, Gallimard, 1972.  


Veuillez nous faire parvenir vos propositions d’intervention, sous la forme d’un résumé de 2 500 signes maximum, avant le 31 janvier 2019 aux adresses suivantes :

Matoussi.souad@yahoo.fr

uurecms@gmail.com


Date limite de réponse à l’appel : 15 Mars 2019
 

Comité scientifique :

- Mohamed Massoud Driss (Professeur)

- Mahmoud Mejri (Professeur)

- Ahmed Khouaja (Professeur)

- Mounira Ben Mustapha (Maître de conférence)

- Hichem Ben Issa (Maître assistant)

- Souad Matoussi (Maître assistant)
 

Comité d’organisation ou coordinateurs :

- Souad Matoussi (Maître assistant)

- Yassine Ouni (Docteur en sciences culturelles)


1. À l’issue de la seconde guerre mondiale, toute une génération d’artistes  était dominée par un sentiment de culpabilité. Prenant le contre pied de cette attitude, un certain nombre d’artistes ont estimé que la création artistique doit amener à l'exorcisme de cette culpabilité. Pour inaugurer une ère nouvelle, ces artistes du mouvement utopique, qui a pris une importance mondiale, ont travaillé d'abord sur le renouvellement des formes d'expression artistique. Ce mouvement ambitionnait d'apporter de l'utopie, de la lumière, du mouvement et du dynamisme.

2. Cf. Marc AUGE, Non-lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité. Paris, Le Seuil, 1992. L’auteur démontre dans cet ouvrage que le monde actuel, contrairement aux sociétés traditionnelles, est caractérisé par un triple excès : un temps surchargé d'événements et où l’ont passe imperceptiblement du local au global, un espace caractérisé par la densité de la circulation des hommes et des marchandises et une forte sollicitation du sujet pour trouver un sens à ce qui advient.

3. José Gill, terrain (sept. 2000)

4. Cf. Francis Sparshott (1995) ; Cunningham (1951)

5. Expression de Serge Leclair (1968)

6. Cf. Michel Bernard (1995) ; Baudrillard (1972)


Responsable : URECMS : uurecms@gmail.com