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"Percevoir et transmettre le spectacle vivant" - Revue European drama and performance studies

Date limite: 
31/10/2019

 

APPEL À CONTRIBUTIONS

Revue European drama and performance studies, éditions Classiques Garnier

Pour le numéro 14, parution prévue au 1er semestre 2021

"PERCEVOIR ET TRANSMETTRE LE SPECTACLE VIVANT"

Coordination : Françoise Gomez et Daniel Loayza

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Objet du futur numéro et problématique

Le rayonnement de l'esthétique de la réception semble avoir, depuis les années 1990, recouvert le champ du perçu du spectacle vivant, traitant celui-ci comme une sorte de sous-ensemble de la production littéraire globale. Or si l'esthétique de la réception permet d'examiner la rencontre entre l’œuvre et les représentations présentes dans un espace social à un moment donné, ainsi que son évolution, elle ne s’attarde pas à ce qui est propre au spectacle vivant : le perçu, immédiat ou différé, au cours de la représentation ou après elle, de l'acte spectaculaire, qui prend forme dès lors que l'on doit rendre compte du spectacle et transmettre à son sujet des informations provisoirement ou définitivement médiatrices.

Dans la mesure où « au théâtre, on ne reprend pas ses billes » (Sartre), l'expérience du continuum temporel de l'action dramatique est aussi couramment partagée par les metteurs en scène et les acteurs. Est courant, et pourtant peu analysé comme tel, le constat héraclitéen de ne voir jamais deux fois le même spectacle : d'une représentation à l'autre bien sûr, mais aussi entre le souvenir individuel, fixé par des moyens divers, et la trace professionnelle qui peut ensuite en être conservée, quel qu’en soit le degré de formalisation (carnet de mise en scène ou de régie, relevé scénique, photographie, captation, compte rendu édité, monographie…). Si le cinéma semble offrir une expérience analogue, cette analogie s’arrête dès lors que les éditions numériques d'un film, une fois validées et commercialement diffusées, fixent un objet revêtu d'une autorité originale que ne saurait posséder la meilleure des captations à l'égard du spectacle qui l'a générée. Dès lors l’objet film, captif de son support, se rend propre à toutes les manipulations que le lecteur d’un livre peut s’autoriser (interruption, retour-arrière, lecture accélérée ou ralentie, etc.)

Il est donc nécessaire d'approcher spécifiquement ce qui se passe dans la perception d’un spectacle en vue de sa transmission, c’est-à-dire quand un spectateur A souhaite organiser des mots, et/ou des images, à l’attention d’un spectateur B qui n’a pas encore vu ledit spectacle. Notons au passage le primat sécularisé de la vision (« spectateur », « voir [un spectacle] », et bien sûr, étymologiquement : « théâtre »), dans le lexique courant d’une telle expérience, qui dépasse pourtant la seule perception visuelle.

La recherche proposée ici n’a pas pour ambition de construire un traité de phénoménologie appliquée au théâtre ou à la performance : elle vise simplement, mais concrètement et pour la première fois, à réunir en un corpus analytique représentatif l’hétérogénéité de démarches jusqu’ici restées tacites ou informulées. L’enjeu, pédagogique autant que sémiotique, est aussi de mémoire patrimoniale. Le spectacle vivant ne se laisse pas saisir ni commenter comme un livre ou comme un film : la manière dont chaque spectateur-transmetteur négocie avec cette réalité simple mérite qu’on s’attarde à cette singularité, car elle est proprement essentielle au théâtre.

Six grands axes de recherche sont possibles

1) L'axe psycho-cognitif. À la lumière des neuro-sciences, que savons-nous aujourd’hui de la perception des arts du vivant ?

2) L'axe critique et journalistique. À quelles difficultés spécifiques les chercheurs ou les journalistes sont-ils confrontés lorsqu’ils sont aux prises avec la labilité du spectacle vivant, durant la représentation, entre répétitions et représentations, et d’une représentation à l’autre ? Quelles habitudes de travail, quelles démarches adaptatives engendre cette particularité ?

3) L'axe graphique et plastique. Du croquis de scène à la « captation » ou film de théâtre, en passant par la photographie de plateau, quels sont les chemins de l’œil et de l’oreille qui captent le flux spectaculaire, soit dans l’intention d’en figer un moment, soit pour épouser son mouvement ?

4) La trans-codification. Pour les responsables des surtitrages ou de l’audio-description, quels défis, quelles démarches professionnelles ?

5) L'axe pédagogique. Trop souvent les élèves ou étudiants que l'on invite à rendre compte du spectacle accumulent des pans de documentation et s'efforcent de traiter tous les « postes » du spectacle (texte, jeu et dramaturgie, lumières, scénographie, etc.) mais peinent à construire un point de vue, à trouver une objectivité informée. Quelles démarches pour les professeurs et les intervenants artistiques ? Ont-elles évolué, et en quoi ?

6) La réflexivité professionnelle. Les « notes » communiquées à l’acteur en cours de répétition, ou à l’issue d’une représentation, soit par un autre acteur, soit par le metteur en scène, ou par l’auteur quand il prend part à la mise en scène, soit par l’ensemble de ces trois rôles mêlés dans les créations collectives, constituent un corpus passionnant qui n’a encore jamais été conservé ni étudié comme tel. Il présente pourtant la particularité spéculaire que l’observateur-témoin s’y trouve en même temps co-acteur, voire auteur ou co-auteur du spectacle, et qu’il doit donc, pour transmettre et formaliser une impression ou le conseil qui souvent l’accompagne, s’extraire mentalement de la continuité du jeu dont il est partie prenante.

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La nature des contributions

Sous réserve de leur acceptation, les contributions pourront prendre l’aspect :

  • d’articles de recherche, qui formeront l’essentiel du numéro,
  • de témoignages professionnels, monologiques ou sous forme d’entretien,
  • d’analyses de corpus cohérents et clairement délimités dans leur inscription spatio-temporelle. Dans ce cas le seul auteur retenu pour la publication est l’auteur de l’analyse, qui devra s’être assuré que les textes qu’il cite sont libres de droits.
  • Pour des raisons techniques et juridiques d’édition, les documents visuels éventuellement insérés seront graphiques, non photographiques, et originaux. S’ils ne sont pas originaux, l’auteur devra fournir leur source et la garantie qu’ils sont libres de droits.

Merci d’adresser votre proposition (entre 2000 et 3000 caractères, espaces compris) ainsi qu’un résumé bio-bibliograhique, aux adresses suivantes : francoise.gomez@ac-paris.fr et daniel.loayza@theatre-odeon.fr , avant le 31 octobre 2019. Il sera répondu à toutes les propositions, qu’elles soient ensuite acceptées ou non.

Françoise Gomez,

Inspectrice pédagogique régionale honoraire de Lettres et de Théâtre

et Daniel Loayza,

Conseiller littéraire du Théâtre national de l’Odéon, traducteur