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lieu:  CY - Cergy Paris Université - MIR (Maison Internationale de la Recherche SHS)

Écrire la performance. Arts, littératures, poésies contemporaines (Cergy)

Écrire la performance  (arts, littératures, poésies contemporaines)

19-20 mars 2026 

Depuis ses premières tentatives de circonscription par Roselee Goldberg, jusqu'aux propositions les plus récentes, il est désormais de l'ordre du lieu commun de définir la performance par son indéfinition, son caractère insaisissable, mouvant, en constatant que ses premières manifestations en tant qu'art participaient précisément d'une volonté de déborder des cadres, d'échapper aux cloisonnements institutionnels. Dans ses acceptions les plus larges (usitées dans le domaine des performance studies, comme celle de Victor Schechner (2002), la définissant comme "showing doing"), comme dans ses emplois les plus restreints (souvent traduits par la nécessité d'accoler un terme devant le nom de "performance", "art performance", "poésie-performance", renvoyant à l'idée d'un corps en action dans un espace et un champ donné), le terme cependant fait montre d'une plasticité qui en fait toute la force heuristique, comme l’a notamment montré David Zerbib (2013). Julie Pellegrin propose ainsi de l'envisager, avec Raymond Williams, comme faisant partie des "mots-clés", "dont la définition est inextricablement liée aux problèmes qu'ils servent à discuter" (Pellegrin, 2024, cité p.16), et de continuer à s'en servir pour "comprendre ce qu'il produit dès lors qu'on l'active dans certains contextes".  C'est également cette dimension réflexive que pointe l'artiste et performeuse ORLAN lorsqu'elle décrit la performance comme « un cadre vide où des pratiques viennent s'interroger » (ORLAN 1981). Cadre vide aux bords effrangés, ou pratique débordant de tout cadre, il s'agit alors de considérer le terme dans ses usages effectifs, sans en figer de définition a priori, quel que soit le domaine le domaine envisagé, art contemporain, poésie, littérature, danse, théâtre, eux-mêmes en dialogue avec l'anthropologie par ce vecteur même qu'ils ont en partage. C'est, précisément, depuis la performance comme catégorie esthétique autant que comme cadre, que ce colloque entend se placer pour envisager ses relations avec l'écriture, elle-même entendue dans plusieurs acceptions, renvoyant aussi bien au geste scripturaire qu'à l'acte de création, ou au système de signes graphiques dans toute sa matérialité. 

 

De par son caractère éphémère, la performance se donne à connaître par la documentation qu'elle génère : ainsi les documents, visuels, photographiques, vidéographiques et scripturaux, sont un matériau indispensable à sa circulation, comme à sa connaissance, dont les fonctions et statuts ont été abondamment commentés (Benichou 2010 ; Cuir et Mangion, 2013, etc.). Dans le domaine littéraire et poétique, où l’écrit est le médium dominant, l'accent a au contraire été mis sur l'oralité. La mise en voix et en action des performances poétiques a conduit à privilégier les archives sonores et vidéographiques (Lang, Murat, Pardo 2020), l'examen des relations entre écrit et performance se focalisant sur les effets produits par l'acte de lecture et de transmédiation sur le texte, sur le devenir du texte (Puff 2015), ou de l'écrit, en performance (Théval 2018) ou encore sur l'influence de la performance sonore ou vocale sur l'écriture du poème (Penot-Lacassagne, Théval 2018). Or les études de la poésie performance se fondent elles-mêmes sur de nombreuses sources écrites : récits de spectateurs (par exemple celui d'Anaïs Nin sur la conférence d'Artaud à la Sorbonne en 1933), recensions (celles de Saillet puis Gide dans Combat sur la conférence au Vieux Colombier en 1947, voire De Simone, 2018), témoignages, entretiens, arts de lire (Jacques Roubaud dans Dire la poésie, Christian Prigent et "La voix de l'écrit"), qui sont rarement interrogés en tant que tels. Le rapport de l 'écrit à l'action performative est, d’autre part, pensé sur le mode de performativité, lorsque l'écrit suscite l'action, vise le passage à l'acte : écriture procédurales, modes d'emploi et scripts de performance ont ainsi été récemment mis en avant dans différents champs (Dor 2022 ; Benichou 2020 ; Chassain, Devevey et Mouton-Rovira, 2023). 

C'est à un nouveau déplacement de perspective que le présent colloque invite, en partant de la performance pour interroger les écritures qui en émanent. Observer et travailler sur les pratiques performatives amène en effet à consulter de nombreux écrits pour accéder aux performances, utilisés la plupart du temps en tant que documents, à l'instar du travail effectué par Jan Baetens dans A voix haute, ou par Vincent Laisney dans En lisant, en écoutant. Or cet usage fait apercevoir une grande diversité d'écritures et de formes, qui ont pu être envisagées pour elles-mêmes de manière ponctuelle, mais n'ont pas été à ce jour abordées de manière systématique. 

La récente parution d’un dossier de la revue Littératures (Puff 2025) consacré à ces problématiques dans le champ de la poésie, a constitué une première proposition que le présent colloque entend non seulement poursuivre, mais aussi élargir à d’autres champs comme ceux de l’art contemporain ou encore de la danse ou du récit ethnographique. 

Sans présumer des fonctions que revêt l'écriture (documentaire, narrative, fictionnelle, poétique) ni de ses supports, il s’agira d’interroger collectivement la manière dont la performance produit de l'écriture et ce que l'écriture, les écritures ainsi produites, doivent à la performance. Quelles formes écrites la performance produit-elle ? On se demanderait alors ce que pourrait être une écriture de la performance, considérant la dimension agentive de la préposition "de" : non pas tant une écriture "sur" la performance, à propos de la performance, qu'une écriture "de" la performance - une performographie (Two Gullivers 2018 / Théval 2025). L'ambition de ce colloque est ainsi de recenser, de cartographier, d'arpenter et d'interroger ces formes, selon plusieurs axes.

Comité d’organisation :

Jean-François Puff et Juliette Drigny (HERITAGE – CY Cergy) / Cécile Mahiou (associée à ACTE – Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; LAMO Nantes Université) / Gaëlle Théval (MARGE - Université Lyon 3, Université de Rouen, associée THALIM - Université Sorbonne Nouvelle ) 

Comité scientifique : 

Sally Bonn, (CRAE, Université Picardie Jules Verne), Laurence Corbel, (PTAC, Université Rennes 2 , Barbara Formis (ACTE,  Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Chantal Lapeyre (HERITAGE, CY Cergy Paris Université), Laure Limongi ( ENSAPC, Cergy), Pascal Mougin, (CERILAC, Université Paris Cité).

Informations pratiques :

Le colloque aura lieu à CY - Cergy Paris Université : MIR (Maison Internationale de la Recherche SHS) les 19-20 mars 2026.